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littérature anglaise - Page 9

  • Une femme d'imagination et autres contes de Thomas Hardy

    Une femme d'imagination et autres contes

    de

    Thomas Hardy

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    "Longtemps, j'ai rêvé d'un tel être inaccessible, comme tu le sais; elle a d'ailleurs cette introuvable, cette insaisissable été l'inspiratrice de mon dernier recueil: la femme imaginaire, elle seule, car, en dépit des propos répandus dans tel ou tel cercle, il n'existe pas de femme réelle derrière le titre. Jusqu'au bout, elle est demeurée indévoilée, inconnue, inconquise."

    Ce recueil, je l'ai choisi en raison de sa magnifique couverture. Et parce que le titre m'intriguait. Puis, je me suis laissée happer par ces quatre destins de femmes.

    Une jeune fille rencontre un hussard de la Légion germanique.

    Une autre subit la loi de son fils.

    Une troisième tombe sous l'emprise d'un violoniste.

    Une dernière se languit d'un homme jamais rencontré, un poète comme elle, qui a habité dans sa location de vacances.

    Autant de variations pour montrer qu'il n y a pas d'amour heureux.

    Chacune de ses héroïnes, à sa manière, en fait la douloureuse expérience.

    En très peu de pages, on suit leurs aspirations, leurs rêves, leurs désirs, leurs déceptions.

    La plume de Thomas Hardy se montre tour à tour sensible et pudique pour nous retranscrire toute la gamme des sentiments par lesquels Phyllis, Sophy, Caroline et Ella passent.

    Elle sait insuffler de la vie aussi, comme si les scènes survenaient devant nos yeux.

    On entend des cœurs battre et se briser.

    On assiste à une scène dans une auberge où la musique prend possession des âmes.

    On compte les heures avant une visite, comme si celle-ci allait changer le cours de notre vie.

    On est sur un quai de gare à guetter l'arrivée de l'aimée, parmi les passagers...

    Je pourrais continuer la liste de tous ces moments décisifs où les destins basculent. Tous ces moments où le monde se révèle dans sa brutalité et broie tout espoir.

    L'art de la nouvelle est un exercice difficile, je trouve, et je sors parfois déçue de mes lectures de recueils car j'ai une sensation de trop peu, de chutes inabouties.

    Ici, il n'en est rien. Chaque récit (même si j'ai eu une préférence pour le dernier éponyme) m'a semblé très fouillé, m'a plu et m'a émue.

    Bref, vous l'aurez compris: j'ai quitté à regret cet ouvrage et je pense que je ne tarderai pas à me replonger dans l'univers de Thomas Hardy.

    Le Livre de Poche, 153 pages

    Billet dans le cadre du challenge A year in England organisé par Titine

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  • Vera d'Elizabeth von Arnim

    Vera

    de

    Elizabeth von Arnim

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    "Lorsque le médecin fut parti, et que les deux femmes du village, restées seules là-haut, n'eurent rien d'autre à faire que patienter auprès de son père mort, Lucy sortit dans le jardin, alla jusqu'au portail et s'y accouda pour contempler la mer."

    Le père de Lucy vient de mourir. Il était le seul ancrage de sa vie et, face à sa perte brutale, elle se sent désemparée.

    Alors qu'elle s'est accoudée au portail de leur location, elle fait la rencontre de Mr Wemys. Ce dernier s'est exilé en Cornouaille après le suicide de sa femme Vera.

    "Il avait choisi la Cornouaille à cause de l'éloignement, car il faut une journée de train pour s'y rendre et une autre journée pour rentrer à Londres, ce qui écourtait la semaine; ce laps de temps que l'opinion publique exigeait pour son deuil. Mais il restait encore cinq journée solitaires, d'errances sur les falaises, à essayer de ne penser à rien, sans âme à qui parler, sans la moindre occupation. [...] Non, il ne pouvait plus supporter cela, car il lui fallait parler à quelqu'un. Cette jeune fille, avec ses yeux étranges, n'était pas tout à fait comme les autres. Elle ne refuserait pas qu'il s'assît dans le jardin, auprès d'elle, un instant. Elle comprendrait..."

    Très vite, entre ces deux êtres confrontés à un deuil accablant, se noue une relation forte. Tellement forte que quelques mois plus tard, ils décident d'unir leur destin.

    Mais leur alliance peut-elle vraiment résister à leur installation aux "Saules", la maison de Wemys? Celle où l'ombre de Vera plane encore....

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    Il s'agit du premier roman d'Elizabeth von Arnim que je découvre. D'emblée, j'ai été frappée par les ressemblances avec le Rebecca de Daphné du Maurier. Vera lui est antérieur mais on retrouve dans les deux œuvres plusieurs points de convergence: une union éclair, un écart d'âge entre les deux conjoints, une femme disparue mais qui continue de hanter les vivants, des doutes autour des circonstances de sa mort...

    Cependant, malgré ce canevas commun, les deux intrigues ne continuent pas dans la même veine. Point de Mrs Danvers, par exemple. Non, cet ouvrage s'intéresse plutôt aux rouages du mariage.  

    Avec une cruauté implacable, l'auteur dissèque la mécanique de ce couple. De la première rencontre aux premières déclarations, de la lune de miel au retour à la réalité, rien n'échappe à son œil acéré.

    Nous les suivons ainsi sur un an, des drames qu'ils viennent de vivre à....Mais je vous laisserai découvrir la conclusion de ce huis-clos.

    En effet, alors que ce livre s'ouvrait dans un espace aéré, un jardin avec vue sur la mer, il se conclue dans un espace clos, une pièce d'une maison. Pour mieux illustrer sans doute l'enfermement de l'héroïne...

    Cette dernière, petit à petit, renonce à toute liberté pour se placer sous le joug d'Everard Wemys.

    Il est rare d'ailleurs qu'un personnage principal masculin ait provoqué autant de rejet chez moi. De prime abord, j'ai été émue par la tragédie qui le frappait. Puis, au fil des pages, j'ai mieux compris les ressorts de sa personnalité, son égoïsme profond, sa volonté d'écraser et d'asservir à son bon vouloir tous ceux qui l'entourent...Cette aversion est d'autant plus forte qu'Elizabeth von Arnim nous fait connaître la moindre des pensées de cet anti-héros.

    Effectivement, elle a choisi de nous plonger, tour à tour, dans la tête de ses trois personnages principaux, Everard, Lucy mais aussi Miss Entwisthle, la tante de Lucy, qui assiste, impuissante, à l'emprisonnement progressif de sa protégée.

    A ce schéma narratif assez explicite quant aux intentions de ses héros, elle choisit d'entremêler des zones d'ombre. Comme celles autour de la disparition de Vera...Ce qui inquiète forcément le lecteur...Et si Everard était capable de tout?

    Le doute règne jusqu'au bout...Et on ressort de cette lecture, glacés et inquiets...

    Bref, vous l'aurez compris: j'ai trouvé ce roman de la tyrannie conjugale très intéressant. Mais, même si j'en reconnais les qualités tant psychologiques que stylistiques, je n'ai pas eu de coup de cœur. Sans doute car le sujet m'a trop heurtée...Et que je n'aime pas les fins ouvertes...

    Éditions 10/18, 286 pages

    Billet dans le cadre du challenge A year in England organisé par Titine.

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  • Miniaturiste de Jessie Burton

    Miniaturiste

    de

    Jessie Burton

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    "Vieille Eglise, Amsterdam, mardi 14 janvier 1687

    Ces funérailles devaient être discrètes car la personne concernée n'avait pas d'amis, mais on est à Amsterdam, où les mots s'écoulent comme l'eau, inondent les oreilles, nourrissent la pourriture, et le coin est de l'église est bondé. "

    Mi-octobre 1686, Nella Oortman, tout juste 18 ans, frappe à la porte de son époux, Johannes Brandt, un des marchands les plus en vue d'Amsterdam. Mais il n'est pas là pour l'accueillir. En effet, il est parti en voyage d'affaires et a laissé le soin à Marin, sa sœur, d'installer la jeune femme.

    Les jours passent et Nella tente de s'acclimater à cette nouvelle existence.

    Quand son mari revient, il lui offre, en guise de cadeau de noces, une maison de poupée, représentant leur propre intérieur. Il lui laisse également tout crédit pour la meubler en fonction de ses envies.

    Nella fait donc appel à un miniaturiste. Ainsi, elle reçoit de magnifiques créations. Mais l'artiste outrepasse ses fonctions en commençant à envoyer des figurines qui éclairent certains mystères de la demeure des Brandt.

    Très vite, une mécanique infernale se met en branle et rien ni personne ne semble pouvoir l'arrêter.

    Et si cette maison entraînait la chute de ses propriétaires?

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    La maison de poupée de Petronella Oortman qui a inspiré Jessie Burton pour cette oeuvre

    Cela faisait longtemps que j'avais remarqué ce titre et j'ai été ravie quand il est arrivé dans ma médiathèque.

    Dès les premières pages, les thématiques principales sont en quelque sorte posées. On assiste à un enterrement. D'une personne dont on ne connaît pas l'identité. Par conséquent, on présume que l'intrigue va prendre une tournure tragique.

    De plus, avec la présence de nombreux "badauds" à cette cérémonie, l'auteur nous montre la toute puissance de la foule et la difficulté d'exister en tant qu'individu.

    Tout le monde est surveillé. L'autonomie est ainsi restreinte au nom de la bienséance, de règles religieuses strictes...

    Drame, enfermement, privation des libertés, surveillance des faits et gestes des autres: autant d'ingrédients qui vont se retrouver au fil des pages et contre lesquels vont butter les Brandt et leur entourage.

    Pourtant, en cette mi-octobre 1686, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Johannes est parvenu à développer une entreprise fructueuse, assisté de sa sœur Marin. Ils habitent avec deux domestiques qui leur sont totalement dévoués, dont l'un que Johannes a arraché à l'esclavage.

    De même, l'union avec Nella se présente sous de très bons auspices. En effet, cette jeune femme apporte une alliance avec une famille respectable et devrait permettre d'assurer une descendance.

    Pourtant, derrière cette façade de réussite, se dissimulent de nombreux secrets.

    C'est ce que le cadeau de mariage, cette incroyable maison de poupée, va révéler. Grâce aux miniatures adressées par le mystérieux artiste que Nella a sollicité.

    En effet, à chaque événement, certains détails vont se rajouter sur elles. Comme si elles avaient le pouvoir de s'imprégner des bouleversements, voire de les annoncer. Comme si, en connaissant le contenu des paquets envoyés par le miniaturiste, Nella et le lecteur pouvaient comprendre certains éléments du futur.

    J'ai beaucoup apprécié cette dimension fantastique et ce curieux créateur. Tout au long du roman, à l'instar de Nella, on se pose beaucoup de questions sur ce personnage fantasmagorique.

    Mystères de la maison au même titre que mystère du dénonciateur...

    A cette sorte d'enquête s'entremêle un portrait saisissant d'Amsterdam à la fin du 17ème siècle.

    "Fondée sur le risque, Amsterdam aspire désormais à la certitude, à une vie bien rangée, à conserver le confort de son argent en respectant une bienséance morne."

    Une ville aux mains des guildes, où l'intransigeance religieuse fait loi. Personne ne peut échapper au contrôle des autres. Personne ne doit quitter le droit chemin. Sous peine d'être condamné et noyé avec des poids qui transforment l'océan en tombeau.

    Nella ne comprend pas toutes ces restrictions. Elle vient d'un village et, pour elle, Amsterdam représentait une chance de quitter ce quotidien trop morne.

    C'est par ses yeux candides que nous allons découvrir la vraie nature de cette plaque tournante du commerce international. A l'innocence de cette narratrice se joint donc celle du lecteur néophyte. Mais, bien vite, les voiles se déchirent. On sent ce poids des regards, cet enfermement dans des règles qui empêchent de profiter de certaines joies de l'existence (je pense notamment aux interdits alimentaires imposés par Marin et son pasteur), cette obligation d'assister à certains événements, de se comporter d'une certaine façon...

    Plus la maison de poupée prend vie, plus les murs de la prison se referment sur les Brandt.

    Je ne vous en dirai pas plus sur l'intrigue ni sur les personnages. On referme ce livre haletant, oppressant, avec une sensation bizarre, comme si on avait du mal à dire au revoir à certains d'entre eux.

    Bref, vous l'aurez compris:Miniaturiste constitue un ouvrage très fort. Un ouvrage composite, à la croisée entre roman d'apprentissage, roman historique et roman fantastique. Un ouvrage que, forcément, je vous recommande.

    Gallimard, 2015, 504 pages

    Billet dans le cadre du challenge Un pavé par mois de Bianca

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